Les 4 fondements de la culture hip hop : Il était une fois...
Le hip hop nait avec une volonté festive, le hip hop n’est pas une
musique savante, l’origine même du mouvement musical prend corps dans
les années 70 à NYC lorsque Kool DJ Herc, tout droit débarqué de
Kingston en Jamaïque, pérennise l’héritage des sounds systems en
organisant des block parties dans les ghettos du West Bronx fortements
secoués par la violence des gangs. A cette époque NYC encaisse
difficilement les aléas d’une économie affaiblie par les caprices du
roi Pétrole et les tensions s’installent dans l’Amérique toute
puissante. La communauté black digère encore mal la disparition de
leurs leaders, Martin Luther King assassiné en 1968, Malcom X en 1965.
Les grands conglomérats immobiliers rêvent de raser les quartiers
délaissés, Harlem Bronx Queen, sans se soucier de ses habitants. Le
maître mot devient survie, dans chaque quartier apparaissent les gangs, la jeunesse s’énerve.
Ce n’est plus l’impérialisme d’une culture de masse qui souleva en son
temps la beat generation pour créer le mouvement contestataire du
Flower Power. De toute manière New York est loin des après midis
ensoleillés baignés d’acid qui fleurissent en Californie. Qui aurait
envie de prendre du LSD dans un environnement aussi agressif ? Le
Velvet Underground réécrit sa propre définition du psychédélisme à
grand coup de speed et la rage de la jeune génération transforme la
ville en ghettos régie par les lois des plus forts
(it’s like a jungle sometimes…).
La réputation de Herc s’étend rapidement au delà de son quartier.
Afrika Bambaataa, jeune membre des Black Spades entend parler de ce
gars qui met les enceintes de son appartement dehors, qui détourne
l’électricité des lampadaires publiques en rajoutant des spots et
surtout qui utilise deux platines et une table de mixage pour, grande
première, rallonger les
breaks de ces morceaux préférés. Le hip hop a trouvé sa place, la rue,
et son modes d’expression musicale : le DJ. Viennent ensuite Grand
Master Flash et surtout Afrika Bambaataa dont l’aura ira bien plus loin
que ces prouesses techniques car lui fut le premier à instaurer les
fondements de l’éthique hip hop avec la création de The Organisation et
plus tard la Zulu Nation, associations qui ont toutes les deux pour but
de pacifier et motiver la création dans les ghettos. Evoluant chacun
dans des quartiers du Bronx, nos trois DJs font danser les jeunes au
son de JB’s, Incredible Bongo Band, Jimmy Castor Bunch, Bar Kays et
chaque break bouillant capable de motiver les danseurs. Très vite les
fêtes deviennent l’occasion pour les danseurs de copier leurs idoles,
James Brown en tête qui développe un jeu de scène révolutionnaire. La
fête devient pour les jeunes un prétexte d’affrontement sur la piste de
danse où pour tenter d’être le plus original chacun développe des pas
de plus en plus acrobatiques, jusqu’à s’inspirer des danses africaines
ou de la capoiera brésilienne: le breakdancing est né. De manière à
motiver les danseurs et à faciliter le travail du DJ, des MC (Masters
of Ceremony) prennent le micro (encore un héritage des sounds systems
jamaïcains) improvisant sur les prouesses de chacun ou plus simplement
pour donner plus de corps à la musique (To the beat yo !). Les Mcs
étaient nés.
Au même moment à New York déferle une nouvelle mode importé de
Philadelphie où des jeunes ont recouvert le réseau de transports en
commun en 1967. Le jeu consiste a marquer son nom à l’intérieur des
rames de métro, les premières stars s’appellent Julio 204, ou Taki 183
dont le nom apparaît dans un article du très respectable New York Times
en juillet 1971 qui fait vent de ce nouveau loisir original. C’est
l’explosion ! Cette même année, Kool 223 est le premier a tagger à
l’extérieur de la rame avec une bombe aérosol : le graffiti est né.
MC, DJ, Graff, Danse, voilà les 4 éléments fondateurs, les 4 éléments qui
ont crée cette culture urbaine musical, plastique et d’expression
artistique.
Restent l’éthique, les règles, la morale. Si la ville est une jungle
alors il faut qu’il y ait des codes précis pour s’y épanouir, surtout
lorsque les gangs font la loi. Afrika Bambaataa délaisse peu à peu les
Black Spades au profit de ses activités de DJ, elles aussi fédératrices
de nombreux gamins. En janvier 1975, son meilleur ami Soulski est tué
lors d’une fusillade entre policiers et jeunes du quartier. Ce drame
est le signe pour Bambaataa qu’une page doit être tournée, que malgré
la misère et l’abandon, seul l’éducation et la motivation pourront
contribuer à sortir les siens du cauchemar dans lequel ils s’enlisent.
S’inspirant du nom d’un film (Shaka Zulu) racontant le combat entre
guerriers sud africains et colons, il crée alors ce qui doit rester
comme le symbole et le fondement de la culture hip hop : la Zulu
Nation. Son message est court et universel : il faut transformer
l’énergie négative en une énergie positive créative à travers divers
mode d’expression artistiques comme le musique, la danse, la peinture…
Presque 30 ans plus tard, le message semble s’être un peu perdu dans
les rouages de l’industrie, et même les groupes les plus sincères
semblent jouer la comédie. « Are you ready to play The
Game ? »interpelle Jurassic 5 au début d’un de ces morceaux. Oui
pourquoi pas… mais quel jeu ? Le jeu de l’entertainment, le jeu de
l’artiste et de son public, le jeu traditionnel du hip hop : party
baby ! Car reste t’il autre chose des fondements de ce mouvement
musical, qui au début n’avait pas la prétention d’en être un.
Reste il autre chose qui n’est pas été récupéré, vulgarisé,
commercialisé, détourné ? Non, tout est brassé dans la grande
lessiveuse de la société de consommation, des mass medias, du marketing
et dieu sais-je quoi encore. C’est pourquoi aujourd’hui le hip hop
atteint sa phase finale de développement, écartelé entre le grand
capital et son essence originel :
le partage, la communion, la célébration et l’éducation.
A suivre…
FRENCHCOLLECTION l'actualité du Rap Français - WORLDSOUL - dernière maj - 12/03/2005